Escalade Mag n° 31 (pp. 18-27)
Pierre-Arnaud Chouvy
Le Massif de Fontainebleau est vaste, bien plus que la seule forêt de Fontainebleau : il intègre en effet, à l’ouest, la forêt des Trois pignons, qui regroupe parmi les plus beaux sites de « Bleau ». Le Massif comprend la vallée de la Seine à l’est et celle du le Loing au sud. Entre Melun, Nemours, Malesherbes et La Ferté-Alais, les blocs de « Bleau », répartis sur quelque 1600 kilomètres carrés, offrent 168 sites répertoriés (par Bleau.info) aux amateurs de bloc, dont une cinquantaine de sites majeurs (d’après les topos papier). Mais les grès dits de Fontainebleau sont innombrables, riches de milliers de passages (7000 en photo sur Bleau.info), lesquels sont réunis, selon la FFME, en environ 280 circuits de difficultés variées (dont environ 180 circuits dans les seules forêts de Fontainebleau et des Trois pignons).
Si l’escalade sportive a vraisemblablement débuté dans la région à la fin du XIXe siècle, les premiers blocs à avoir été répertoriés ont été ceux du Bas Cuvier en 1945. Le premier circuit, lui, a vu le jour en 1947 au Cuvier Rempart, afin de permettre à certains de s’entrainer aux courses alpines. La pratique du circuit – le fait d’enchainer un nombre donné de blocs répertoriés – allait devenir caractéristique de la pratique de l’escalade bleausarde. Les circuits se multiplièrent rapidement, leurs numéros peints en jaune, orange, bleu, rouge, noir, et blanc indiquant leur difficulté croissante : c’est l’enchainement d’un circuit de blocs de cotations homogènes qui détermine sa difficulté. Les circuits faciles (jaunes et oranges) sont bien sûr les plus parcourus et ils en viennent à être patinés et donc délicats à enchainer.
Nombre de blocs faciles peuvent ainsi réserver quelques surprises. D’ailleurs, si la cotation bleausarde est basée sur le système de cotation français, un 6a « Bleau » pourra surprendre un falaisiste du même niveau, ne serait-ce que parce que les préhensions diffèrent fortement de celles du calcaire urgonien, par exemple, et que le grès est aux antipodes de la résine des salles d’escalade.
Bleau est le royaume des plats fuyants et des adhérences précaires, et les jeux de pieds y sont subtils. Les noms de blocs viennent d’ailleurs souvent rappeler le caractère aléatoire de certaines adhérences et des équilibres qu’elles impliquent : La patinoire, Beurre marga, Le toboggan, La science friction. Dans un autre registre, Le mur des lamentations, L’amoche-doigt ou encore Dalle funéraire témoignent des multiples défis qui attendent le grimpeur. D’autres blocs portent des noms tout aussi évocateurs mais plus engageants, à l’instar de Chasseur de prises, Festin de pierre, ou Attention chef d’œuvre.
A Bleau, les beaux blocs sont donc légion et en proposer quelques-uns n’est pas une mince affaire, tant la beauté d’un passage est subjective et le grimpeur passionné. Voici donc une petite sélection de blocs du 3 au 6 : des blocs pour les grimpeurs débutants et confirmés donc, le haut niveau (7 et
étant une toute autre histoire. Dalles à l’adhérence subtile, murs techniques, dévers exigeants et traversées éprouvantes constituent cette sélection. Il ne s’agit pas ici de dresser la liste des plus beaux blocs du 3 au 6 mais de proposer un florilège représentatif de la diversité et de la beauté des passages bleausards, témoignant si besoin est que beauté ne rime pas forcément avec difficulté.
On pourra trouver deux belles dalles en 3 au Rocher fin: 1 jaune et sa voisine orange, à gauche de L’arête de marbre, un très beau 4c (15 ter bleu). Au Bas Cuvier, La Prestat (50 orange), voie historique s’il en est, requerra un minimum d’engagement. La dalle à Polly, grand dévers mal nommé de l’Eléphant (40b noir) est un 4c très engagé. Beaucoup plus fines et bien moins hautes, les dalles du 19 bleu et du 15 rouge (4c) du 95.2 valent elles aussi le détour.
Tout aussi belles, certaines voies en 5 peuvent toutefois réserver des surprises, ne serait-ce qu’au regard de leurs cotations « historiques ». On citera La John Gill d’Apremont (5b historique recoté 6a ?), et Le hareng saur de Franchard Cuisinière (5b). Aux frontières du 6 on notera Science friction, une magnifique dalle, L’envers du un au Bas Cuvier (1 rouge), Le porte à faux à la Roche aux sabots (6 rouge), ou encore le 31 blanc du 95.2.
Bleau compte nombre de magnifiques 6, notamment le premier 6a de la forêt, La Marie Rose, au Bas Cuvier (22 rouge) : une dalle d’autant plus technique qu’elle est désormais patinée par les innombrables répétitions. Le meilleur des mondes, à Bois rond, est un beau mur à méthode (6a). Une dalle parmi aux adhérences des plus subtiles ? Maurice Gratton, à la Canche aux Merciers. Une belle remontée d’arête sur plats ? Force G, au Rocher canon. Nombre de 6b valent aussi le déplacement : la superbe arête de Travaux forcés, à la Gorge aux châts, la traversée à gros trous de La théorie des nuages à Bois rond, le mur de L’envie de bêtes à Franchard Isatis, sans oublier Le tiroir à la Roche aux sabots, La Stalingrad au Bas Cuvier, et Pipi-caca au Rempart des Gros sablons. Deux superbes 6c, Le Toit du cul de chien, au Cul de chien, et La fissure de la liberté, encore au Rempart des Gros sablons, achèvent de donner la mesure du 6 bleausard.
Mais difficile d’en terminer sans mentionner quelques beaux 7a, tant ils sont nombreux et peuvent céder aux assauts répétés des plus patients. Le superbe Chasseur de prises, au Rocher canon, rivalise en effet de beauté, mais dans un style très différent, avec L’angle Ben’s (dont certains disent qu’il ne colle jamais) à Franchard Isatis, Duroxmanie directe à Cuvier Est, Egoïste ou encore le Mur des lamentations, à Apremont.
On ne saurait enfin conclure sans proposer quelques traversées, du 5 au 7 : 29 bleu de Bois rond (4b), Odyssée des trous à l’Eléphant (5 vert : 5b), Bœuf en daube à la Roche aux sabots (8 rouge : 6a), Encore Bellement à Franchard Hautes Plaines (6b), et enfin Le tourniquet du 93.7 à Bois Rond, une traversée des plus complètes qui soient (21bis rouge : 7a).